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  • Bruno Bonnefous

Voie ECT : quel succès !?

Par Stéphanie Ouezman, Espace Prépas

Quentin Leroux, professeur de management, a pris la présidence de l’ADEPPT. Nommé lors de l’assemblée générale conduite par l’association de promotion des classes préparatoires option technologique en janvier dernier, sur le campus de La Rochelle Business School, il a accepté de s’entretenir dans la foulée avec Espace Prépas. Au programme de notre échange : l’orientation en prépa ECT, question qui a également animé les débats organisés par la business school pour la centaine de professeurs présents au rendez-vous annuel de la filière. Jean-Luc Koehl, qui a présidé l’ADEPPT durant dix années, nous répond aussi…


Interview croisée de Quentin Leroux et Jean-Luc Koehl, président et ex-président de l'ADEPPT


Quelle est la place de la voie ECT au sein de la filière CPGE économique et commerciale ?

Jean-Luc Koehl. Nous avons passé la barre des 2 000 élèves il y a déjà trois ans. Une première dans l’histoire de la voie ECT, qui a fêté ses quarante ans en 2016. Même si ses effectifs sont moins importants que ceux des options historiques, ECE et ECS, elle représente chaque année plus de 15 % des candidats aux concours et reste la seule voie en progression constante (lire l’analyse des inscriptions 2018 en page 36, NDLR).


Quels sont les choix d’orientation qui s’offrent aux bacheliers STMG ?

📷Quentin Leroux. Le BTS est un débouché automatique pour la majorité des élèves, et les meilleurs éléments se tournent vers les DUT, mais pour un taux de réussite à peine supérieur à 50 %. Le DCG (diplôme de comptabilité et de gestion) est aussi une option après un bac STMG, mais assez rarement choisie. Les licences universitaires (éco/gestion ou AES) séduisent un peu plus chaque année, mais à peine 5 % des bacheliers STMG parviennent à les décrocher. La prépa économique et commerciale option technologique est le choix le plus rare. Sur les 72 000 bacheliers STMG recensés en 2017, un peu plus d’un millier a intégré une 1re année de prépa ECT, soit autour de 2 % du vivier initial, quand Ils sont 15 % issus d’une terminale scientifique à poursuivre en prépa ECS. Nous avons à lutter contre des idées toutes faites sur la prépa (froideur, compétition, bachotage…) qui ont la vie dure et ne représentent absolument pas la réalité de notre filière.


Qu’est-ce qui convainc alors les bacheliers STMG de se lancer en prépa ECT ?

Q.L. Une grande majorité fait le choix de la classe préparatoire grâce aux encouragements d’un professeur de terminale. C’est le cas de plus de 80 % des élèves inscrits en prépa ECT dans l’académie de Rouen, auprès desquels l’ADEPPT a récemment enquêté. Leurs camarades des options ECS et ECE ont davantage de repères dans leur entourage. Je pense à des parents, frères, sœurs, cousins ou encore des amis qui ont des parcours similaires. Ces élèves ont déjà entendu parler de la prépa, peuvent poser des questions, et plus facilement s’identifier. Il est plus rare que les STMG aient de tels modèles autour d’eux, ce qui restreint leur champ des possibles. Soit ils ne connaissent pas la prépa, donc ils n’y pensent pas ; soit ils la connaissent, mais ils n’y pensent pas… pour eux !


L’idée de s’engager dans des études longues, deux années de prépa + trois d’école, freine peut-être aussi les bacheliers STMG ?

Q.L. Le continuum est capital pour nous : montrer à ces élèves engagés dans la voie technologique qu’ils peuvent poursuivre des études au-delà de deux ou trois années post-bac et aborder le monde du travail titulaires d’un Master constitue un atout majeur sur un C.V. Et même s’ils n’intègrent pas une école, les conventions prépas/universités facilitent les passerelles de l’une à l’autre (on entre directement en L3 après la prépa), et le taux de réussite en licence après une prépa est proche de 100 %. Conclusion : la prépa n’est pas un parcours diplômant, certes, mais c’est un parcours sécurisé, et cela rassure nos élèves qui sont à la recherche de paliers leur certifiant de ne perdre aucune année d’études.


La prépa ECT souffre-t-elle de la concurrence des Bachelors ?

J.-L.K. La concurrence est nettement du côté des IUT : 13 196 vœux ont été validés en ce sens sur APB l’an dernier, et 6 600 bacheliers STMG ont été affectés en IUT. Or, les conditions d’accueil et l’encadrement des études n’y sont pas les mêmes qu’en prépa. La stratégie de contournement de cette dernière visant à intégrer une Grande École par les admissions parallèles est rarement payante : peu de titulaires d’un bac STMG réussissent les concours Passerelle et Tremplin. Mais cette année, la donne change avec Parcoursup, puisque la plateforme sur laquelle les élèves de terminale vont enregistrer leurs vœux d’orientation doit afficher les taux de réussite de chaque filière. C’est l’un des grands atouts des CPGE ECT !


Q.L. Notre prépa est à la fois solide et fragile. Solide car elle mène à presque 100 % de réussite. Fragile car peu se sentent les épaules pour y entrer. La voie technologique a un potentiel de développement très grand qui repose sur sa capacité à convaincre, à éliminer les doutes…


Que faites-vous pour faire évoluer les mentalités ? Les Grandes Écoles soutiennent-elles les actions de l’ADEPPT ?


Q.L. Le travail de terrain est essentiel pour faire connaître la prépa ECT et lutter contre l’autocensure. Les professeurs de prépa sont présents sur de nombreux salons et forums dédiés à l’orientation, et des visites dans les classes de terminale ont lieu toute l’année partout en France. Nous comptons aussi sur les professeurs de terminale pour détecter les potentiels, les envies, et renseigner les élèves intéressés sur la prépa. À Rouen, un réseau de professeurs relais a été mobilisé à notre initiative et avec le soutien de l’Inspection Pédagogique Régionale. Dans les trente lycées concernés, un enseignant d’économie-gestion et un enseignant d’une discipline générale se chargent ensemble d’informer leurs élèves et de les guider vers la prépa ECT. Il existe d’autres initiatives de ce genre (par exemple, à Angers, des journées d’immersion en classe préparatoire sont proposées aux élèves de terminale), et, avec le nouveau bureau* de l’ADEPPT, nous travaillons pour les valoriser et faire en sorte qu’elles se généralisent. Dialogue, échange et partage de nos pratiques sont essentiels pour faire vivre le réseau des professeurs de la voie ECT. Nous sommes une communauté soudée par la volonté d’aider nos élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes et le sentiment de participer à des changements de destinées, ce que nos anciens sont nombreux à nous confirmer !


J.-L.K. Pour vous répondre sur nos relations avec les Grandes Écoles, elles sont excellentes à tous les niveaux. Avec une quinzaine d’entre elles, nous avons constitué un groupe de travail qui explore des solutions pour la promotion de la voie ECT. Un flyer à l’attention des lycéens a été imprimé, des vidéos « témoignages de diplômés » vont être tournées (avec le soutien d’Espace Prépas), et nos discussions continuent en s’orientant sur la question du financement des études : freinés par des a priori, les élèves de STMG sont trop peu informés sur la réalité des tarifs et sur les solutions possibles.


Comment évolue la situation de vos élèves ?

Q.L. Les difficultés ont tendance à s’accumuler. Il me semble constater plus de problèmes culturels, sociaux, scolaires et financiers qu’à mes débuts, il y a dix ans. Je trouve mes élèves tout aussi courageux, mais plus impatients. Ils veulent que tout « paye » immédiatement et se découragent vite, leurs efforts sont moins réguliers. Presque toujours, les débuts sont difficiles en prépa. Mais si le cap des premières semaines est franchi, si les élèves acceptent de remettre en cause leurs méthodes et de faire confiance à leurs professeurs, c’est gagné ! Ils restent avec nous jusqu’au bout et réussissent les concours. Ils doivent simplement accepter de renoncer à une chose : apprendre un métier. En prépa, on apprend à apprendre. Et on en sort métamorphosé, prêt à intégrer de belles écoles qui ouvrent à de belles carrières.


* Avec Quentin Leroux à sa tête, le bureau de l’ADEPPT s’élargit. il compte désormais deux vice-présidents, Françoise Coulomb, professeure en ECT à Vanves, et Olivier Hannart, professeur en ATS (filière que l’ADEPPT représente désormais) à Bordeaux, ainsi qu’une secrétaire générale, Cora-Lyne Soler, professeure en ECT à Cergy, et un trésorier, Xavier Schneider, professeur en ECT à Angers. 

Par Stéphanie Ouezman, Espace Prépas   


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